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Bienvenue sur bertrandbarre.com ! Note d’actualité de juin-juillet 2010 :
Qui a peur du gaz de schiste ?
Depuis deux ou trois ans, les perspectives du gaz naturel aux Etats-Unis ont complètement changé.
Pour pallier la baisse de leurs ressources "classiques" de gaz, les Etats-Unis s’étaient lancés dans un programme massif d’équipement en terminaux méthaniers pour y recevoir du gaz naturel liquéfié GNL. En conséquence, le prix du gaz avait dépassé les 12 $ par million de British Thermal Units (MBTU), unité typiquement anglo-saxonne que je ne chercherai pas à traduire en bon Français, pour atteindre un pic 14 $/MBTU.
Ce prix est désormais redescendu en dessous de 4 $/MBTU, complètement découplé du prix du pétrole qui reste voisin de 75 $ par baril. Ce découplage reste pour l’instant limité à l’Amérique du Nord et n’a pas encore affecté les marchés européen et asiatique.
Il y a deux causes à cet effondrement des prix du gaz, l’une conjoncturelle et l’autre durable. D’une part, la récession mondiale de 2008-2009 provoquée par la crise financière a réduit la demande de gaz naturel à la fois pour les usages industriels et pour la production d’électricité. Mais surtout, on a assisté à un développement spectaculaire de la production américaine de gaz de schiste, un gaz naturel encore classé comme "non conventionnel", comme le grisou des gisements charbonniers.
Ce gaz s’est formé dans certaines couches de schiste par décomposition de matières organiques fossiles sous l’action de la chaleur et de bactéries, et y reste piégé en grande quantité mais à faible concentration. Ces ressources, considérables, sont connues depuis longtemps, mais ce n’est que tout récemment que les progrès techniques (forages horizontaux, fracturation hydraulique des roches) les ont rendues exploitables à grande échelle. Il y a désormais 35000 puits produisant du gaz de schiste aux Etats-Unis – il n’y en avait qu’une cinquantaine en 1990.
On prévoit que le gaz non conventionnel, qui assurait 42% de la production américaine en 2007, atteindrait 64% en 2020, ce qui, ajouté au gaz classique, rendrait les Etats-Unis pratiquement auto-suffisants pour au moins deux siècles. Les grands gisements américains identifiés se trouvent au Texas, dans le nord de la Louisiane, dans les Appalaches, en Illinois et Michigan, et même en Colombie Britannique.
Cet effondrement du prix du gaz, s’il est durable, est susceptible de retarder ou de réduire le redémarrage du nucléaire aux Etats-Unis, tandis que la disparition de la demande américaine de GNL va rendre celui-ci disponible pour le reste du monde. On nous dit qu’il y aurait aussi en Europe, et même en France, des ressources notables en gaz de schiste : affaire à suivre... |
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