Malgré la promesse de repos, la dernière journée du weekend enregistre une hausse notable des symptômes anxieux chez une partie de la population active, selon plusieurs études menées en Europe et en Amérique du Nord. Les professionnels de santé mentale observent un pic de consultations pour troubles de l’humeur le dimanche soir, un phénomène qui touche aussi bien les étudiants que les salariés expérimentés.Ce constat bouscule l’idée reçue selon laquelle deux jours de pause suffisent à recharger les batteries émotionnelles et psychologiques. Les mécanismes sous-jacents, souvent négligés, relèvent autant de facteurs sociaux que biologiques, mais des solutions existent pour limiter l’impact de ce phénomène récurrent.
Le blues du dimanche soir : un phénomène plus répandu qu’on ne le pense
Le blues du dimanche soir se faufile sans bruit dans bien des foyers. Au fur et à mesure que le lundi approche, une vague de tristesse, d’inquiétude ou, parfois, de lassitude recouvre la soirée. Ce phénomène, loin d’être marginal, concerne près d’un Français sur deux, selon une enquête pilotée par Ilke Inceoglu à l’université d’Exeter. Il s’étend bien au-delà du monde professionnel : étudiants, jeunes actifs ou salariés aguerris y sont exposés, tous rattrapés par cette sensation diffuse à la veille de reprendre le rythme habituel.
On ne parle pas ici de maladie au sens strict. Ce mal-être ponctuel échappe aux grands diagnostics, mais la gêne, elle, est tangible. Parfois, elle se manifeste physiquement : migraine, sommeil haché, cœur qui s’emballe. Même celles et ceux qui se disent heureux dans leur emploi ne sont pas totalement épargnés, comme le montrent les travaux de Paul Devoy et son équipe à Exeter.
On donne à ce sentiment le surnom de sunday scaries. Difficile de lui échapper tant la connexion permanente fait partie du quotidien. Pour le psychiatre Florian Ferreri, auteur de « Vaincre le blues du dimanche soir », ce passage marque un basculement subtil : la parenthèse se referme, la semaine se présente, et nombre d’entre nous voient la tension monter. Ce moment suspendu, où le dimanche glisse lentement vers le lundi, devient le terrain de jeu du blues dominical, un cocktail de nostalgie du week-end et d’appréhension du retour aux obligations.
Pourquoi ce sentiment de déprime s’installe-t-il à la veille du lundi ?
Ce sentiment de déprime du dimanche soir ne relève pas du hasard. Plusieurs facteurs s’entremêlent, allant de la fatigue accumulée à une charge mentale qui ne retombe pas vraiment pendant le week-end. La transition entre les deux univers, temps libre et travail, agit souvent comme un révélateur. Aujourd’hui, la frontière entre sphère privée et professionnelle est de plus en plus floue : messages, notifications, demandes qui s’invitent dans l’espace familial, même le repos subit des interférences.
Pour mieux saisir ce qui nourrit ce malaise, voici les principaux mécanismes évoqués par les chercheurs :
- Le travail inachevé traîne dans un coin de la tête et laisse un goût d’inaccompli.
- Cette pression intérieure de « devoir réussir » dès le lundi tend à accroître le stress, imposant sa propre cadence.
- La fatigue et le sommeil perturbé sapent la résistance au stress, rendant l’esprit plus vulnérable à l’anxiété.
Dans leurs études, Ilke Inceoglu et Paul Devoy insistent sur la façon dont la porosité entre vies pro et perso alimente ce sentiment de saturation. Tâches en suspens, organisation de dernière minute, responsabilités familiales : tout semble converger le dimanche soir, et chaque nouveau rappel, un message, une note mentale, fait grimper la pression.
Résultat : cette anxiété diffuse s’accompagne parfois d’un nœud à l’estomac, de difficultés à s’endormir, d’une tension physique. Chez de nombreux actifs, la mémoire du stress et le souci de performance transforment le dimanche soir en caisse de résonance de l’inconfort collectif qui traverse le monde du travail actuel.
Des pistes concrètes pour alléger l’anxiété dominicale
Se sentir mal le dimanche soir n’a rien d’une fatalité. Sans tomber dans la promesse de solution miracle, il existe des gestes simples qui ont fait leurs preuves. Par exemple, s’offrir un rituel apaisant : écouter une playlist douce, cuisiner pour le plaisir ou chercher l’apaisement dans une promenade. Ce sont ces moments, aussi anodins qu’efficaces, qui font retomber la pression et remettent un peu de douceur dans la soirée.
Un autre levier consiste à organiser sa reprise dès le vendredi : coucher sur le papier ses tâches prioritaires, classer les urgences, préparer un point collectif pour signaler la fin officielle de la semaine. Cette anticipation, autant pour les collaborateurs que pour ceux qui encadrent, aide à réellement déconnecter. Et chacun le sait, le respect des temps de repos par les managers réduit la tentation de piocher dans la messagerie professionnelle à toute heure.
Pour celles et ceux qui souhaitent retrouver de l’élan, intégrer en fin de weekend une activité régénérante peut tout changer. Qu’il s’agisse de lecture, de sport modéré, de relaxation ou d’une séance de yoga, le but est simple : garder un lien positif avec la détente avant le retour à la routine. Certains optent, en accord avec leur professionnel de santé, pour du CBD afin d’adoucir les tensions et faciliter le sommeil. Maintenir un rythme de coucher stable, prévoir quelques plaisirs pour le lundi, cela contribue à une vraie stabilité intérieure.
Lorsque l’anxiété du dimanche devient trop envahissante, parler avec un psychologue ou rejoindre un groupe de parole permet d’avancer avec plus de sérénité. Le ressenti qui pèse le dimanche soir mérite d’être exprimé, quel qu’il soit.
Ressources et accompagnements utiles pour aller plus loin
En France, différents accompagnements permettent de traverser les pics d’angoisse dominicale. Rencontrer un psychologue, participer à des ateliers de relaxation ou bénéficier de l’écoute d’un professionnel peut infléchir le ressenti hebdomadaire. Des praticiens spécialisés dans la gestion du stress et des troubles de l’humeur contribuent à dédramatiser ce malaise souvent tû dans l’espace public. La psychologue Sabrina Philippe insiste d’ailleurs sur la nécessité de briser le silence, car c’est là souvent le premier pas vers l’apaisement.
Les solutions se multiplient un peu partout : groupes de parole, séances de relaxation collective, dispositifs proposés par certaines entreprises ou associations. Le livre de Florian Ferreri, psychiatre, fait aussi le point sur de nombreux conseils issus d’expériences cliniques et d’études récentes pour mieux comprendre ce mal discret, et apprendre à l’apprivoiser.
Pour celles et ceux qui souhaitent garder des repères, quelques pistes sont souvent appréciées :
- Recourir à un annuaire professionnel pour trouver un psychologue formé à la gestion du stress
- Consulter un espace d’information spécialisé sur la santé mentale
- Contacter un centre médico-psychologique pour obtenir une écoute ou un rendez-vous adapté à sa situation
Se tenir informé, lire, écouter des podcasts ou suivre un webinaire dédiés peut aussi aider à mieux comprendre ce phénomène de stress anticipateur. Les spécialistes s’accordent : la tristesse ressentie le dimanche n’a rien d’un caprice, et quelques ajustements quotidiens, parfois avec un peu d’aide, suffisent souvent à alléger la charge.
Quand la lumière du dimanche baisse, rien n’empêche d’inventer un autre rythme, d’offrir du temps à son équilibre ou de se tourner vers un accompagnement bienveillant. Parfois, ce sont ces débuts de semaine repensés qui changent tout.


